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Considérations et visions géopolitiques d’un nouvel ordre monétaire !

En Janvier 2021, nous avions abordé 5 thématiques d’investissement pour l’année. Une emphase particulière avait été mise sur l’évolution de politiques monétaires uniformes, voire corrélées, des plus grands blocs économiques, et des conséquences qui en résulteraient.

Ainsi, post pandémie et afin de relancer leurs économies domestiques respectives, les banques centrales ont maintenu leurs taux d’intérêt au plancher tout en injectant massivement de la liquidité. L’objectif (in)avoué était la dévaluation monétaire dans le but de stimuler la croissance. La course à la dévaluation compétitive était lancée en appliquant partout les mêmes remèdes et préceptes. Les motivations à dévaluer la valeur externe des devises étant identiques, et les forces opposées s’annulant, l’ajustement de la valeur réelle de la monnaie à la baisse n’avait que peu de chance de se concrétiser. Finalement, afin de maintenir son pouvoir d’achat, les investisseurs se devaient de considérer une variable d’ajustement extérieure au système fiduciaire.

Notre conclusion, alors, militait pour la recherche d’alternatives potentielles aux monnaies fiduciaires. L’or, les actifs réels et les actifs digitaux, en particulier le bitcoin, représentaient une option à considérer.

En quelques mois, la face du monde et les équilibres ont dramatiquement évolué. Ces politiques monétaires expansionnistes conjuguées à une reprise économique post-Covid surprenamment dynamique ont contribué à une rapide montée de l’inflation. Alors que la montée des prix ne devait être que temporaire, elle a été repoussée aux calendes grecques suite à l’attaque indigne de l’Ukraine par la Russie couplée à une résurgence du Covid en Chine handicapant une nouvelle fois le transport de marchandises et une pression des salaires (surtout aux Etats-Unis) justifiée entre autre par un taux de chômage bas. Dès lors, la tendance à la hausse des prix des biens de consommation et de l’énergie a poursuivi sa tangente ascensionniste.

Outre les potentielles conséquences d’une spirale inflationniste, ces changements brutaux redistribuent les cartes géopolitiques et bouleversent les alliances. Au ban des nations occidentales, la Russie s’est rapidement tournée vers d’autres potentiels partenaires. Dans l’étau d’une économie mondiale encore dominée par le dollar, les pays émergents, Chine, Inde, Russie et Brésil en tête, entrevoient désormais la possibilité de s’émanciper du joug états-uniens. La non condamnation de l’attaque russe en terres ukrainiennes démontre que ces pays ouvrent la porte à de nouvelles ententes (commerciales essentiellement). Comme le dit l’adage, l’occasion fait le larron !

Cette nouvelle donne géopolitique qui voit s’allier officieusement un groupe de pays représentant plus 40% de la population mondiale, soit 3.2 milliards de personnes, cherche à s’affranchir de la dépendance au dollar. Comme l’expliquait Jacques Attali en 2006 dans son livre « Une brève histoire de l’avenir », la domination américaine post 2ème guerre mondiale construite autour d’un dollar hégémonique devrait s’achever par un progressif repli sur lui-même. En se focalisant de plus en plus sur ses défis intérieurs tout en délaissant son leadership sur la scène internationale, l’empire américain desserre, consciemment ou non, son emprise sur les échanges commerciaux mondiaux dollarisés. Ce recul d’influence s’observe très concrètement à l’aune de la domination de l’économie américaine en termes de contribution au produit intérieur brut mondial. Selon Statista, ajusté du PPP (Purchasing Power Parity) en 2020, la Chine se plaçait au premier rang avec une part de 18.33% du PIB mondial contre 15.83% pour les Etats-Unis. On observe que, depuis une décennie, la quote-part américaine s’étiole au profit essentiellement de l’Inde et de la Chine.

Quant aux banques centrales, elles démontrent une volonté claire de diversifier leurs réserves de change. A ce titre, les sanctions à l’encontre des avoirs russes libellés en dollar de la banque centrale a agi comme un électrochoc, voire un révélateur. De nombreux instituts d’émission  guidés par leurs gouvernements respectifs veulent reprendre leur destin en main en se passant du dollar. Cela les poussent à s’émanciper de potentielles sanctions, perçues comme injustes, à leur encontre par l’Occident. Le gel des avoirs russes force ces acteurs à rechercher des alternatives, à l’image de l’Arabie Saoudite qui dit étudier la possibilité d’accepter le paiement de ses exportations de pétrole à la Chine en Yuan. L’Indonésie et la Chine avaient déjà signé un accord en 2021 stipulant l’acquittement en monnaie nationale respective le règlement de leurs importations et exportations mutuelles. L’idée de contourner l’inévitable dollar fait donc progressivement tache d’huile.

Concernant le niveau de dette des Etats-Unis, le dérapage se poursuit en symbiose avec les pays occidentaux. Avec un point culminant observé en 2021 sur le ratio dette/GDP à 137.2%, soit son niveau le plus élevé jamais observé, les Etats-Unis fragilisent l’ensemble de leur édifice. Même si les taux d’intérêt américains sont redevenus plus généreux récemment qu’en Europe ou en Chine, le surendettement de l’Oncle Sam ne plaide pas vraiment en faveur de sa monnaie.

Tous ces phénomènes et effets, qui se déroulent sous nos yeux, constituent probablement les prémices de la fin d’un règne.

Au demeurant, la faiblesse du dollar qui se dessine à long terme, comporte assurément des éléments favorables à l’économie américaine ; pour autant qu’elle ne génère pas un élément constitutif à un dérapage incontrôlé de l’inflation.

Nous pouvons ainsi prédire qu’au moins dans un premier temps, les alliances stratégiques nouvellement tissées déboucheront sur un monde multipolarisé où aucune grande puissance ne sera en capacité de dominer le monde.

Ainsi, dans un contexte de changement de paradigme géopolitique, l’allocation aux devises en dehors d’une exposition adossée à une seule monnaie devient crucial. Alors que la diversification en devise ramène de la volatilité sans forcément optimiser le rendement de ses avoirs, nous estimons qu’à l’avenir le risque de dévaluation du dollar va influer la manière d’aborder l’allocation aux devises.

En dehors d’une pondération en faveur du Yuan chinois, une exposition au Dollar australien nous semble faire du sens. Riche en matières premières, l’Australie, à proximité de la zone économique la plus dynamique du monde (Asie-Pacifique), devrait profiter de ces changements géopolitiques. Le franc Suisse ainsi que les métaux précieux, éternels valeurs refuges, offrent des alternatives intéressantes.

Laurent Perusset

Chief Investment Officer

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